

Le coffret peint de Toutankhamon est l'un des objets les plus remarquables découverts dans la tombe KV62 par Howard Carter en 1922. Réalisé en bois recouvert d'une couche de gesso — enduit de plâtre blanc servant de support pictural — il est entièrement décoré de scènes peintes d'une finesse et d'une densité iconographique exceptionnelles. Les quatre faces latérales et le couvercle bombé représentent le pharaon triomphant dans des scènes de bataille et de chasse rituelle : on y voit Toutankhamon sur son char, décochant des flèches contre des ennemis asiatiques et nubiens en déroute, ainsi que des scènes de chasse au lion et aux animaux du désert. Ces représentations ne sont pas de simples récits militaires mais s'inscrivent dans une symbolique profonde du pharaon comme garant de l'ordre cosmique (Maât) face aux forces du chaos (Isfet). La qualité picturale est extraordinaire, avec des détails minuscules exécutés au pinceau fin, certains personnages ne mesurant que quelques millimètres.
Découvert dans l'antichambre de la tombe KV62, ce coffret contenait encore lors de sa découverte des sandales royales et des pièces de vêtements, témoignant de sa fonction pratique autant que symbolique. Il fut réalisé sous le règne de Toutankhamon, période de restauration de l'orthodoxie religieuse amonienne après l'épisode amarnien d'Akhénaton. Les scènes guerrières qui le décorent sont à interpréter avec prudence sur le plan historique : Toutankhamon, qui accéda au trône vers l'âge de neuf ans et mourut vers dix-neuf ans, n'a vraisemblablement jamais mené de campagnes militaires personnelles. Ces représentations relèvent davantage d'un programme idéologique traditionnel affirmant la fonction royale de maintien de l'ordre universel, thème omniprésent dans l'iconographie pharaonique depuis le Nouvel Empire. Le soin apporté à la décoration de cet objet du quotidien royal illustre le niveau d'excellence atteint par les ateliers royaux de la XVIIIe dynastie, et la densité narrative de ses peintures en fait l'un des documents iconographiques les plus riches sur la représentation du pouvoir pharaonique à cette époque.